Le Phono Museum : Interview de Jalal Aro

Le Phono Museum est probablement l’un si ce n’est le meilleur endroit en France pour voir de près toutes sortes de machines parlantes d’époque. J’ai récemment eu l’occasion de rentrer en contact avec Jalal Aro au sujet de la collecte de fond qu’il a entamé pour son association. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions afin d’en savoir plus sur son parcours et son musée (ce qu’on peut y faire, les problèmes rencontrés, etc.).

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Bonjour Jalal Aro, Pouvez-vous vous présenter ?

Jalal Aro du phonomuseumJe suis né en 1967 à Alep en Syrie. Je suis venu à Paris pour étudier le métier de prothésiste-dentaire. J’ai multiplié alors, comme beaucoup d’étudiants, les petits boulots qui m’ont amené, au gré du hasard et d’une inclination pour la mode, à travailler pour les boutiques de Jean-Paul Gaultier et de Paul Smith.

Le premier événement lié aux phonographes qui m’ait marqué date de cette époque. La galerie Colbert dans le quartier du Palais Royal à Paris accueillait alors l’exposition « De fil en aiguille » galerie que je traversais chaque jour. Inexpérimenté, j’achète sur un déballage mon premier phonographe qui s’avère être une copie. Piqué au vif, je me lance alors avec ma compagne Charlotte à la recherche de modèles intéressants et noue des contacts aux quatre coins du monde avec le milieu des collectionneurs. Je monte une collection personnelle vaste et homogène. De plus en plus, ma passion prend une place importante, à tel point que je décide d’en faire ma profession. J’occupe alors le local d’un ami, le collectionneur bien connu Henri Triquet, dans le quartier du cimetière du Père Lachaise à Paris. Je me mets alors en quête d’un lieu idéal pour abriter mon projet, bien sûr situé au cœur de ce qui fut autrefois le quartier général du café-concert : l’axe Montmartre- Pigalle à Paris.

En 2004, j’ouvre la Phonogalerie. Cent mètres carrés sont ainsi dédiés à la vente, la réparation et la location d’objets liés à la reproduction sonore et à l’histoire de la musique. Chacun peut, non seulement y découvrir des machines parlantes et des disques de toutes époques, mais aussi trouver des livres, des affiches, des objets publicitaires et autres documents. Ce lieu est un point de rencontres et d’échanges pour les passionnés, mais aussi pour les novices et curieux de tous âges.

 

Quel est le premier modèle que vous avez collectionné ?

Le premier modèle était une copie d’un Gramophone fabrication semi européenne semi indienne que j’ai rendu dès le lendemain de l’achat en précisant au vendeur que je voulais une machine ancienne. Et me voilà propriétaire d’un Zonophone avec bien sûr un complément de paiement. J’ai découvert avec tristesse quelques mois après en achetant le livre de Daniel Marty que ce Zonophone était lui aussi à moitié authentique.

 

Vous exposez déjà des machines parlantes à la Phonogalerie depuis plus de 10 ans, pourquoi avoir créé le Phono Museum ?

Vu le niveau de curiosité des visiteurs de la galerie, rapidement, il me vient l’idée que ma passion doit être exposée et que ce champ de connaissances méconnu doit être visible et accessible à tous. C’est la raison du lancement du projet de musée, d’autant que je préférais bien séparer les activités commerciales de la Phonogalerie de celles, culturelles, du musée.

 

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250 machines parlantes d’époque sont exposées au Phonomuseum

 

Que peut-on faire au Phono Muséum ?

La musique enregistrée n’a pas de barrière, elle est accessible à tous. Nous y présentons 140 ans d’évolution des technologies liés à cette invention phénoménale et ce de plusieurs façons (fonctionnement des machines, anecdotes, personnalités, …) de manière ludique et vivante. L’idée est que chaque visiteur reparte satisfait bien sûr mais ait appris quelque chose de nouveau et pourquoi pas avec émotion.

 

Vous êtes plusieurs à porter cette initiative, pouvez-vous présenter les autres membres ?

Une dizaine de bénévoles gèrent actuellement le musée, chacun ayant une tâche bien définie (accueil pour les visites, programmation des concerts, conseils scientifiques, communication, …).

 

Vous avez dû faire appel aux dons via une plateforme de crowdfunding récemment. Pouvez-vous nous raconter cet épisode ?

Faute de subvention publique, le financement participatif était un moyen qui nous semblait efficace pour sortir le musée de la très mauvaise passe financière dans laquelle il se trouvait début 2016 tout en démontrant aux autorités publiques comme la mairie de Paris l’intérêt de ce projet.

Nous avons lancé cette campagne qui nous a demandé une forte mobilisation notamment sur le plan de la communication.

 

Peut-on encore aider le Phono Museum ?

Oui, bien sûr. La structure est encore financièrement fragile. Le succès de la campagne de financement participatif et finalement l’obtention d’une subvention certes limitée de la Ville de Paris ont contribué à régler certains problèmes. Mais la fréquentation du musée, c’est à dire le nombre de visiteurs, est encore insuffisante. Donc tout ce qui contribue à une meilleure visibilité du musée est bienvenu. Ce qui n’empêche pas de faire un don via notre site internet.

 

Quelque chose à rajouter ?

Le musée a une singularité qui le différencie des musées traditionnels : la plupart des machines exposées sont en état de marche et il est possible de les regarder sous toutes les faces, éventuellement de les toucher mais surtout de les entendre. Leur approche est donc plus vivante.

Le musée prend très au sérieux l’aspect patrimonial et l’aspect pédagogique du projet.

 

NOTE perso : Merci à Jalal Aro pour cette interview. Je vous invite à visiter le musée ou à faire un petit don si vous appréciez l’initiative en vous rendant sur cette page.

 

Jalal Aro devant ces phonographesLe Phono Museum
53 Boulevard de Rochechouart
75009 Paris
Tél. 06.80.61.59.37
http://phonomuseum.fr/

 

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